Par Rocka Rollin LANDOUNG, Spécialiste national en communication des projets de santé SENI_Plus et HeSP
Après une première journée consacrée au lancement de la mission et aux échanges stratégiques avec les autorités sanitaires, les travaux entrent dans leur phase la plus technique. Les 4 et 5 août, les experts de la Banque mondiale et les responsables des différentes directions du Ministère de la Santé et de la Population passent en revue les principaux défis qui freinent encore la performance du système de santé centrafricain.
L’objectif est clair : identifier les réformes prioritaires qui structureront le futur Projet Multi-Programmatique (MPA) Santé & Emploi et s’assurer que celui-ci répondra aux besoins réels du pays.
Cette démarche repose sur un diagnostic approfondi élaboré à partir d’un questionnaire préparatoire renseigné par les directions techniques du Ministère. Loin d’être un simple exercice administratif, ce travail a permis de dresser un état des lieux partagé des forces, des insuffisances et des opportunités du système de santé, servant de socle aux discussions engagées durant la mission.
Les soins de santé primaires, premier rempart de la population
Le premier atelier est consacré aux prestations de services de santé, avec une attention particulière portée aux soins de santé primaires.
Pour les autorités sanitaires comme pour la Banque mondiale, ces services constituent le point d’entrée du système de santé. Ils représentent le premier niveau de contact entre les populations et les structures sanitaires, notamment dans les zones rurales où vivent une grande partie des Centrafricains.
L’ambition du futur MPA Santé & Emploi est de renforcer cette offre de proximité afin que chaque citoyen puisse accéder à des soins essentiels de qualité, quel que soit son lieu de résidence. Les échanges portent notamment sur l’amélioration de la qualité des services, le renforcement de la référence et de la contre-référence, l’intégration des programmes prioritaires et une meilleure organisation des districts sanitaires.
Au-delà des infrastructures, les discussions mettent en évidence la nécessité de renforcer la gouvernance des services de santé, d’améliorer la gestion des établissements et de développer des mécanismes permettant d’assurer une meilleure continuité des soins.

La pénurie de personnels de santé au cœur des préoccupations
Mais c’est sans doute la question des ressources humaines qui concentre le plus d’attention.
Le diagnostic réalisé avant la mission révèle un défi majeur : la disponibilité des personnels de santé reste largement insuffisante pour répondre aux besoins du pays.
Les données compilées par le Ministère montrent que la République centrafricaine dispose d’environ 18 756 agents de santé, alors que les besoins nationaux sont estimés à 36 620. Ce déficit affecte particulièrement les régions les plus éloignées, où de nombreuses formations sanitaires fonctionnent avec des effectifs réduits, voire sans certaines catégories essentielles de personnel.
Au-delà des chiffres, cette réalité se traduit concrètement par des délais de prise en charge plus longs, une surcharge de travail pour les équipes en place et des difficultés à garantir des services de qualité sur l’ensemble du territoire.
Attirer, former et fidéliser les professionnels de santé
Face à ce constat, les échanges ne se limitent pas à la question du recrutement.
Les réflexions portent également sur les mécanismes permettant d’attirer durablement les professionnels de santé dans les zones sous-desservies, d’améliorer leurs conditions d’exercice et de renforcer leurs perspectives de carrière.
Le questionnaire préparatoire met ainsi en avant plusieurs pistes de réforme : définir des critères harmonisés d’affectation et de mutation, mettre en place des incitations financières pour les postes en zones éloignées, élaborer un plan prioritaire de recrutement des jeunes diplômés et construire un dispositif d’intégration progressive de ces professionnels dans la fonction publique. Il prévoit également le développement de bourses de spécialisation afin de renforcer les compétences médicales et paramédicales dans les régions du pays.
L’enjeu dépasse la seule augmentation des effectifs. Il s’agit de bâtir une politique nationale des ressources humaines capable de mieux répartir les compétences, de fidéliser les agents et d’assurer une présence durable des professionnels de santé là où les besoins sont les plus importants.

Miser sur l’emploi pour renforcer le système de santé
L’une des particularités du futur programme réside dans son articulation entre santé et emploi.
Le MPA ne vise pas uniquement à améliorer les services de santé ; il entend également contribuer à la création d’opportunités professionnelles pour les jeunes diplômés des écoles de médecine, d’infirmiers et de sages-femmes.
Le document préparatoire souligne qu’un programme de recrutement et de déploiement de jeunes professionnels dans les zones sous-desservies pourrait simultanément améliorer l’accès aux soins, offrir des emplois décents et préparer leur intégration progressive dans la fonction publique ou dans le secteur privé formel. Cette approche est présentée comme un levier pour répondre à la fois aux besoins du système de santé et aux défis de l’insertion professionnelle des jeunes.
Une réforme pensée sur le long terme
Les discussions engagées au cours de ces ateliers traduisent une volonté commune de dépasser les réponses ponctuelles aux difficultés du secteur.
Pour la Banque mondiale comme pour les autorités centrafricaines, le futur MPA Santé & Emploi devra créer les conditions d’une transformation durable : un système capable de former davantage de professionnels, de mieux les répartir sur le territoire, de valoriser leurs compétences et de garantir aux populations un accès plus équitable à des services de santé de qualité.
À travers ces échanges techniques, c’est une vision de long terme qui se dessine : celle d’un système de santé plus solide, plus inclusif et mieux préparé à répondre aux défis sanitaires des années à venir.
Le troisième volet portera sur les autres piliers examinés pendant la mission : la chaîne d’approvisionnement, la gouvernance, le financement et la transformation numérique, qui constituent les leviers indispensables pour moderniser durablement le système de santé en République centrafricaine.




