TÉMOIGNAGE

Centrafrique : à Mongoumba, Dorcas réclame soins et protection pour les Aka

Par Rocka Rollin LANDOUNG, Spécialiste en communication des projets de santé SENI Plus & HeSP

Des attentes interminables à l’hôpital, des violences sexuelles dénoncées et une scolarisation fragile. Lors des consultations communautaires du Programme de sécurité sanitaire (HeSP), Dorcas, membre de la communauté Aka de Ngotobé, a porté une parole qui dépasse les seules questions de santé. Au cœur de ses demandes : accéder aux services essentiels et être traités avec dignité.

« Nous sommes des êtres humains, comme les autres. » La phrase de Dorcas résume son appel. Rencontrée à Mongoumba à l’occasion des consultations communautaires du programme HeSP, cette habitante de Ngotobé décrit, à nos micros, les difficultés de sa communauté pour se soigner, protéger ses filles et maintenir ses enfants à l’école.

Son premier sujet de préoccupation concerne l’accès aux soins. Face au paludisme notamment, les familles recourent aux plantes médicinales, sans toujours obtenir de guérison, explique-t-elle. Mais se rendre à l’hôpital ne garantit pas, selon son témoignage, une prise en charge rapide.

« À l’hôpital, un patient aka peut arriver à 6 heures et attendre jusqu’à 17 heures avant d’être reçu », déplore-t-elle. Dorcas réclame des soignants davantage à l’écoute et une meilleure attention aux besoins des Aka.

L’insécurité sur le chemin de l’eau et des champs

Les déplacements quotidiens constituent une autre source d’inquiétude. Dorcas dénonce des violences sexuelles visant de jeunes filles lorsqu’elles se rendent aux points d’eau ou dans les champs. Selon elle, des hommes de villages voisins les suivent et les agressent, puis nient les faits lorsqu’ils sont mis en cause.

Elle rapporte que certaines de ces violences entraînent des grossesses, laissant les jeunes mères seules avec leurs enfants. « Nous ne voulons plus être traitées comme des objets sexuels », insiste-t-elle.

À la spécialiste des violences basées sur le genre présente dans la délégation, Dorcas dit avoir demandé l’installation d’un puits d’eau potable au village. Son objectif : limiter les trajets qui exposent les filles aux agressions. Elle souhaite également des solutions permettant de rapprocher les activités agricoles des habitations, notamment pour la culture du manioc.

À Ngotobé, l’attente d’une école publique

La question de l’éducation prolonge celle de la protection. À Ngotobé, une école privée apporte un appui à la communauté, indique Dorcas. Un soutien qu’elle juge toutefois insuffisant.

Selon son récit, les difficultés d’accès à un enseignement de qualité conduisent certaines jeunes filles à abandonner l’école pour se consacrer à la pêche ou à la cueillette. Elle demande la construction d’une école publique et l’affectation d’enseignants qualifiés.

Ces revendications expriment une même attente : disposer, à proximité, de services auxquels les familles puissent effectivement accéder.

Une exigence de dignité

Dorcas dénonce aussi le mépris dont les Aka feraient l’objet à Mongoumba. Elle rapporte notamment qu’un membre de la communauté aurait été tué pour une dette de 500 francs CFA. Cette accusation grave, évoquée dans son témoignage, appelle des vérifications indépendantes.

Au fil de l’entretien, ses demandes dessinent des priorités concrètes : une prise en charge médicale attentive, un point d’eau accessible, une meilleure protection contre les violences et une école publique. À travers les consultations du programme HeSP, Dorcas entend faire parvenir ces préoccupations aux responsables concernés. Avec une exigence commune à chacune d’elles : que la parole des Aka soit entendue et leur dignité respectée.

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