BANGUI, 17 août 2026 (MSP) — Le Président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a appelé lundi à faire de la préparation aux épidémies « une politique nationale permanente », à l’issue d’une réunion ministérielle transfrontalière consacrée à la menace d’importation de la maladie à virus Bundibugyo.
Par Rocka Rollin LANDOUNG, Spécialiste national en communication des projets de santé
« La meilleure riposte est celle que nous avons préparée avant que la crise ne survienne », a déclaré le chef de l’État lors de la clôture de cette rencontre de haut niveau organisée au Palais de la Renaissance à Bangui.
Selon lui, les efforts engagés par le Centrafrique face au risque de maladie à virus Ebola ont permis de renforcer plus largement le système national de surveillance et de réponse aux urgences sanitaires. La préparation a notamment contribué à améliorer la détection et la documentation de l’épidémie de choléra, a-t-il souligné.
Le président Touadéra a cité parmi les acquis le renforcement des capacités de laboratoire, la surveillance aux frontières et la mobilisation de plus de 800 agents de santé communautaire. Quarante points d’entrée sont actuellement fonctionnels, tandis que les autorités ont identifié 160 points d’entrée informels et 10 points d’entrée formels supplémentaires nécessitant une meilleure couverture des flux transfrontaliers.
Des laboratoires mobiles dans les régions
L’expérience du laboratoire mobile installé à Obo, dans le Haut-Mbomou, a été particulièrement mise en avant. Conçu initialement pour répondre à la menace d’Ebola, il peut également servir au diagnostic d’autres pathologies et renforcer la surveillance épidémiologique dans les zones éloignées.
Le président a ainsi plaidé pour le déploiement progressif de laboratoires mobiles dans les différentes régions du pays, estimant que « la sécurité sanitaire commence dans les territoires », les districts sanitaires et les communautés.
Le laboratoire de pointe et de référence construit à Mongoumba au sud du pays a également été cité comme un exemple des efforts engagés par le Centrafrique depuis 2024 grâce au soutien de la Banque Mondiale via le programme REDISSE IV pour renforcer durablement ses capacités de diagnostic et de surveillance épidémiologique. Cette infrastructure vient compléter le dispositif national de réponse aux menaces sanitaires, en rapprochant les capacités de diagnostic des zones exposées et en permettant une détection plus rapide des éventuels agents pathogènes.
Le Centrafrique entend également renforcer la surveillance des frontières, notamment des points de passage informels.
À l’aéroport international Bangui-M’Poko, un système de surveillance digitalisé a par ailleurs été mis en place pour améliorer la détection et la remontée des informations sanitaires.
Coopération transfrontalière
Face à des menaces qui « ignorent les frontières », le président centrafricain a insisté sur la nécessité d’une coopération régionale permanente. Les pays participants ont été appelés à partager les informations en temps réel, organiser des campagnes conjointes de sensibilisation et associer davantage les populations vivant dans les zones frontalières aux dispositifs de sécurité sanitaire.
Il a proposé que la réunion transfrontalière se tienne au moins une fois par semestre, en associant les niveaux politique, technique et stratégique. L’objectif est de passer, selon lui, « d’une coopération circonstancielle à une coopération institutionnalisée » et « d’une coopération réactive à une coopération anticipative ».

Le lien entre santé et paix mis en avant
Le chef de l’État a également insisté sur le lien entre crises sanitaires et conflits. Il a notamment évoqué l’expérience de la République démocratique du Congo, où les déplacements de populations, la destruction des infrastructures sanitaires et les difficultés d’accès aux populations peuvent aggraver la propagation des épidémies.
Il a appelé à intégrer la dimension « paix-santé » dans les politiques de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, allant jusqu’à envisager, lorsque les circonstances l’exigent, des arrangements humanitaires ou des cessez-le-feu à finalité sanitaire.
La réunion a réuni notamment des représentants de la République démocratique du Congo, de la République du Congo, du Soudan du Sud et de l’Ouganda, ainsi que la CEMAC, l’Organisation mondiale de la Santé, Africa CDC et des partenaires internationaux.
En clôturant les travaux, le président centrafricain a appelé à faire de la préparation « une culture », de la coopération « une méthode » et de la solidarité « un engagement », afin de bâtir une nouvelle architecture nationale et régionale de sécurité sanitaire.




