Face à la recrudescence de la menace représentée par la maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo, Bangui veut éviter toute forme d’impréparation. Lors d’une audience consacrée à la coopération sanitaire transfrontalière, le ministre centrafricain de la Santé et de la Population, Dr Pierre SOMSE, l’ambassadeur de la RDC, Jean de Dieu Mitima Bulinz, et le directeur général de l’Institut Pasteur de Bangui, Emmanuel NAMKOUNE, ont esquissé les contours d’une réponse plus structurée, plus anticipative et résolument coordonnée.
Par Rocka Rollin LANDOUNG, Spécialiste national en communication des projets de santé
La menace épidémique, elle, ne s’arrête pas aux postes-frontières. Dans le bassin du Congo, où les populations, les échanges commerciaux et les écosystèmes s’entrecroisent au-delà des découpages administratifs, la sécurité sanitaire s’impose comme un impératif collectif.
C’est dans cette perspective que s’est tenue, à Bangui, une audience entre le ministre centrafricain de la Santé et de la Population, Dr Pierre SOMSE, l’ambassadeur de la République démocratique du Congo en République centrafricaine, Jean de Dieu Mitima Bulinz, et le directeur général de l’Institut Pasteur de Bangui, Emmanuel NAMKOUNE.
Au cœur des échanges : la nécessité de renforcer sans délai la préparation face à la maladie à virus Ebola qui sévit en RDC, mais surtout d’édifier un dispositif de coopération transfrontalière capable d’anticiper, de détecter et, le cas échéant, de contenir toute propagation.
« Dans ce type de situation, il n’y a pas de frontières »
Le constat est partagé : face à une menace épidémique, l’attentisme peut se révéler coûteux.
L’ambassadeur Jean de Dieu Mitima Bulinz n’a d’ailleurs pas dissimulé son sentiment quant au retard accusé dans la mise en œuvre de certaines dispositions préventives.
À ses yeux, la réponse aurait dû être plus précoce et plus proactive.
« Dans ce type de situation, il n’y a pas de frontières », a rappelé Dr Pierre SOMSE, soulignant que la proximité géographique et l’intensité des mouvements transfrontaliers imposent une vigilance permanente.
Pour l’ambassadeur de la RDC, l’urgence consiste désormais à mobiliser l’ensemble des acteurs concernés et à mettre en synergie les autorités politiques, sanitaires et scientifiques.
« Nous devons sensibiliser tout le monde », a-t-il insisté, estimant que la République centrafricaine pourrait également tirer profit de l’expérience accumulée par son voisin congolais dans la gestion des urgences sanitaires.
Le diplomate a ainsi plaidé pour une coopération moins cloisonnée et davantage opérationnelle, susceptible de faciliter les échanges d’informations, d’expertises et de bonnes pratiques.
Car, a-t-il averti en substance, le risque ne peut être circonscrit durablement à un seul territoire. Une situation insuffisamment maîtrisée dans une zone donnée peut rapidement produire des répercussions au-delà de ses frontières.

La science comme première ligne de défense
La coopération envisagée ne se limite pas aux mécanismes administratifs. Elle ambitionne également de rapprocher les institutions scientifiques des deux pays.
Le directeur général de l’Institut Pasteur de Bangui, Emmanuel NAMKOUNE, a indiqué que son institution était déjà en contact avec les équipes basées à Kinshasa.
Une mission pourrait notamment être envisagée afin d’approfondir les échanges scientifiques et techniques.
« Nous sommes en contact avec l’équipe de Kinshasa et pourquoi ne pas envisager une mission ? », a-t-il relevé.
Des études sont par ailleurs en cours, notamment autour des perspectives de prévention et de développement de nouvelles réponses vaccinales.
Pour Emmanuel NAMKOUNE, la République centrafricaine et la RDC évoluent dans un environnement épidémiologique qui présente des facteurs de risque communs.
Le bassin du Congo constitue, à cet égard, un espace particulier où la surveillance sanitaire doit nécessairement transcender les frontières nationales.
La RDC dispose d’une avance significative en matière de technologies, d’expertise scientifique et de ressources humaines. Une expérience dont la République centrafricaine pourrait utilement s’inspirer pour consolider ses propres capacités de préparation et de riposte.
Un observatoire pour anticiper plutôt que subir
Parmi les pistes examinées figure le renforcement d’un dispositif d’observation et de surveillance dans les zones frontalières, notamment autour de Mongoumba.
L’objectif est clair : disposer d’une capacité d’alerte suffisamment précoce pour identifier toute menace avant qu’elle ne se transforme en crise sanitaire.
La géographie plaide pour une vigilance accrue. Dans certaines zones, les structures sanitaires et les laboratoires situés de part et d’autre de la frontière ne sont séparés que par quelques kilomètres.
Dans cet environnement, une surveillance fragmentée serait une vulnérabilité supplémentaire.
« Cela permet d’anticiper », a souligné le directeur général de l’Institut Pasteur de Bangui, insistant sur la nécessité de définir des mécanismes d’action communs.
La coopération entre les deux pays pourrait ainsi prendre la forme d’un partage régulier des données, d’échanges entre laboratoires, de missions conjointes et d’une harmonisation progressive des dispositifs de surveillance.
Zongo, Bangassou et Béma : les frontières au cœur de la stratégie
Pour Dr Pierre SOMSE, les premières actions peuvent être rapidement engagées au niveau des zones frontalières.
« D’emblée, nous pouvons déjà rencontrer ceux qui sont là du côté de Zongo », a proposé le ministre, rappelant que des mécanismes de surveillance avaient déjà été mis en place aux frontières.
Il a également indiqué avoir précédemment saisi son homologue congolais afin de faciliter le déploiement d’une équipe et de renforcer la concertation entre les deux administrations sanitaires.
Si cette démarche a connu certains délais, la mobilisation des partenaires techniques, notamment l’Organisation mondiale de la Santé, a permis de faire évoluer la dynamique.
L’ambassadeur Jean de Dieu Mitima Bulinz s’est, pour sa part, engagé à prendre attache avec l’administration de Zongo afin de faciliter les échanges et d’accélérer la mise en relation des acteurs concernés.
La coopération pourrait également s’étendre à la formation.
L’idée de permettre à de jeunes médecins centrafricains de bénéficier, à Zongo ou dans d’autres structures spécialisées de la RDC, de formations dans des domaines spécifiques liés à la préparation et à la riposte aux épidémies a été évoquée.
« Exactement, il faut un développement des capacités », a acquiescé Dr Pierre SOMSE.
Le ministre a indiqué que son département travaillait parallèlement à la mobilisation de ressources nécessaires pour soutenir cette montée en puissance.
Au-delà de la zone de Zongo, Bangui entend également étendre son regard vers d’autres espaces jugés stratégiques, notamment Bangassou et Béma, où des missions et actions de préparation pourraient être envisagées.
Une réponse sanitaire qui appelle un sursaut politique
L’une des principales conclusions de cette audience réside dans la volonté de ne pas cantonner la réponse au seul niveau technique.
Pour être pleinement efficace, la préparation face à la MVE devra également mobiliser les autorités territoriales et politiques des deux pays.
Dr Pierre SOMSE a ainsi insisté sur la nécessité d’organiser une rencontre réunissant les responsables des régions frontalières, notamment autour de l’Oubangui en République centrafricaine et de l’Équateur en RDC.
Une telle concertation permettrait d’associer plus étroitement les gouverneurs, les administrations territoriales et les responsables sanitaires à la mise en place d’un mécanisme de coopération plus fluide.
L’ambassadeur de la RDC a indiqué qu’il effectuerait les démarches nécessaires auprès des autorités compétentes et qu’un retour sur les différentes propositions pourrait intervenir dans les prochains jours.
De la vigilance à l’anticipation
Cette audience intervient dans un contexte où la République centrafricaine cherche à consolider ses mécanismes de préparation face aux urgences de santé publique.
Dr Pierre SOMSE a également rappelé les efforts récemment déployés dans la riposte contre l’épidémie de choléra, que les autorités sanitaires centrafricaines sont parvenues à contenir.
Mais Ebola impose une autre échelle de vigilance.
Le défi consiste désormais à transformer la proximité avec la RDC en un levier de coopération plutôt qu’en une vulnérabilité.
À Bangui, le message semble désormais sans équivoque : la République centrafricaine ne veut pas attendre l’apparition d’un premier cas pour organiser sa riposte.
Entre surveillance transfrontalière, coopération scientifique, développement des compétences et mobilisation politique, les autorités des deux pays veulent jeter les bases d’une architecture sanitaire commune.
Car dans cet espace où les fleuves relient davantage qu’ils ne séparent, la protection sanitaire d’un pays dépend aussi, inévitablement, de la capacité de son voisin à prévenir et à contenir la menace.
Face à Ebola, Bangui et Kinshasa semblent donc avoir choisi une même ligne de conduite : anticiper ensemble, coordonner leurs efforts et ne laisser aucune frontière devenir une brèche dans la sécurité sanitaire régionale.




