Santé : le Centrafrique défend la souveraineté sanitaire africaine à la réunion de l’OMS

ADDIS-ABEBA, 28 août 2026La République centrafricaine a appelé à renforcer la souveraineté sanitaire du continent africain, notamment par le financement national de la santé, la production locale de médicaments et une meilleure coopération face aux épidémies, lors de la 76e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique, qui s’est tenue du 24 au 28 août à Addis-Abeba.

Par Rocka Rollin LANDOUNG, Spécialiste national en communication des projets de santé

Plus de 600 délégués, dont des ministres de la Santé et de hauts responsables des 47 Etats membres de la Région africaine de l’OMS, ont participé à cette rencontre consacrée à l’avenir des systèmes de santé du continent.

Placée sous le thème « Une nouvelle ère pour la santé en Afrique : une action commune pour la Vision 2035 », la session a notamment mis l’accent sur le financement durable de la santé, les ressources humaines, la production locale de médicaments, la réglementation des produits médicaux, la transformation numérique et la préparation aux urgences sanitaires.

Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Mohamed Janabi, a appelé à bâtir des systèmes de santé « plus solides, plus résilients et davantage autonomes », tandis que le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a plaidé pour une architecture sanitaire africaine fondée sur une plus grande appropriation par les pays du continent.

La question de la souveraineté sanitaire a également été au cœur d’un dialogue ministériel de haut niveau auquel a participé la délégation centrafricaine. Les discussions ont porté sur la fabrication locale des médicaments, le renforcement des systèmes de réglementation pharmaceutique, les achats groupés et la mobilisation des ressources nationales.

La polio reste une préoccupation pour le Centrafrique

La situation de la poliomyélite dans le bassin du lac Tchad a constitué l’un des principaux sujets de préoccupation pour Bangui.

Une réunion à huis clos réunissant notamment le Centrafrique, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad a relevé la persistance de flambées liées au variant du poliovirus de type 2 dans plusieurs pays de la région.

Le Centrafrique a annoncé vouloir renforcer la vaccination de routine et intensifier la recherche des enfants « zéro-dose » et sous-vaccinés, en particulier dans les zones à haut risque, les régions frontalières et auprès des populations mobiles.

Bangui entend également renforcer la surveillance épidémiologique et environnementale, l’implication des communautés et la coopération transfrontalière, notamment par le partage des données et la coordination des interventions.

« Aucun enfant ne doit être laissé de côté et aucun territoire ne doit constituer un maillon faible », souligne le rapport de la délégation centrafricaine.

Une signature symbolique d’un protocole d’accord entre 13 pays de la sous-région est par ailleurs intervenue lors d’une session consacrée à la préparation et à la riposte transfrontalières aux épidémies.

Le paludisme toujours au centre des préoccupations

Le ministre centrafricain de la Santé et de la Population, Dr Pierre Somse, a également participé, par visioconférence, à une réunion ministérielle organisée avec Unitaid sur l’accès aux innovations contre le paludisme.

Les participants ont souligné les difficultés persistantes liées au financement de la lutte contre cette maladie, à l’accès aux soins dans les zones rurales et vulnérables, ainsi qu’aux résistances aux insecticides et aux traitements antipaludiques.

Ils ont appelé à accélérer l’introduction de nouvelles solutions, parmi lesquelles les vaccins antipaludiques, les moustiquaires de nouvelle génération, les traitements innovants et les outils numériques de surveillance.

L’objectif affiché est de transformer les engagements politiques en plans nationaux chiffrés, assortis de calendriers et d’indicateurs permettant de mesurer les progrès.

Une feuille de route jusqu’en 2035

La réunion d’Addis-Abeba a adopté plusieurs stratégies régionales couvrant notamment les personnels de santé, le financement du secteur, la réglementation des produits médicaux, les équipes médicales d’urgence et la transition post-poliomyélite.

La nouvelle Vision 2035 de l’OMS pour l’Afrique repose sur quatre grandes priorités : la santé universelle, la résilience des systèmes, leur modernisation et l’appropriation africaine du financement, de la production et de la gouvernance sanitaires.

À l’horizon 2035, le cadre prévoit notamment que la majorité des coûts des systèmes de santé soient couverts par des financements nationaux et qu’au moins 45% des produits de santé prioritaires soient fournis par la production régionale.

Pour le Centrafrique, les prochaines étapes identifiées comprennent notamment l’élaboration d’un plan national de transition post-poliomyélite, le développement d’une stratégie nationale de santé numérique intégrant l’intelligence artificielle, le renforcement de la coopération transfrontalière et la mobilisation de financements durables.

La délégation centrafricaine a également multiplié les rencontres bilatérales à Addis-Abeba avec plusieurs partenaires et responsables étrangers, dont la Fondation Dangote et la Commission économique pour l’Afrique, afin d’explorer de nouvelles possibilités de coopération et de financement dans le secteur de la santé.

La 77e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique doit se tenir du 23 au 27 août 2027 à Conakry, en Guinée.

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