Gouvernance : lE Centrafrique veut renforcer le pilotage de son système de santé

Par Rocka Rollin LANDOUNGSpécialiste national en communication des projets de santé SENI_Plus et HeSP

La gouvernance s’est imposée comme l’un des derniers grands sujets examinés lors des échanges entre le ministère de la Santé et de la Population et la délégation de la Banque mondiale, dans le cadre de la mission d’identification du futur Projet multiprogrammatique (MPA). Après la chaîne d’approvisionnement, le financement et la transformation numérique, les discussions ont porté sur un enjeu transversal : la capacité du système de santé à mieux se piloter, à mieux coordonner ses acteurs et à transformer les ressources mobilisées en résultats concrets pour les populations

Dans un secteur où interviennent de nombreux programmes, partenaires techniques et financiers et structures à différents niveaux de la pyramide sanitaire, l’amélioration de la gouvernance apparaît comme une condition déterminante pour donner davantage de cohérence à l’action publique.

L’un des principaux enjeux évoqués concerne ainsi le renforcement du pilotage du secteur. L’ambition est de permettre au ministère de disposer de mécanismes de planification, de suivi et d’évaluation plus performants, mais aussi de données suffisamment fiables pour éclairer les décisions.

L’approche défendue dans le cadre du futur MPA vise à renforcer une culture de la performance, où les politiques et les investissements sont davantage appréciés à l’aune de leurs résultats et de leur impact sur les populations. Une évolution qui suppose de consolider les systèmes d’information sanitaire, mais également les capacités d’analyse et d’utilisation des données à tous les niveaux.

Une meilleure coordination pour éviter les doublons

La question de la coordination occupe également une place centrale. La multiplication des interventions dans le secteur de la santé impose, selon les participants, de renforcer les mécanismes permettant au ministère de mieux assurer son rôle de chef de file.

L’objectif est notamment de favoriser une meilleure complémentarité entre les interventions du gouvernement et celles des partenaires techniques et financiers, tout en limitant les risques de chevauchement ou de duplication.

Cette coordination devra également s’appuyer sur une clarification des responsabilités et sur des mécanismes de concertation plus efficaces, aussi bien au niveau central que dans les régions et districts sanitaires.

Donner davantage de responsabilités aux échelons déconcentrés

La gouvernance du système de santé ne se joue toutefois pas uniquement à Bangui. La mission a également mis en lumière l’importance du niveau déconcentré, notamment celui des régions et des districts sanitaires.

Sur le terrain, ces structures constituent le premier niveau de mise en œuvre des politiques publiques. Leur capacité à planifier, gérer leurs ressources, suivre les indicateurs et identifier rapidement les difficultés conditionne directement la qualité des services offerts aux populations.

Le renforcement de leurs capacités de gestion et de supervision apparaît dès lors comme un axe potentiel du futur projet, avec l’ambition de rapprocher davantage la décision des réalités opérationnelles.

Redevabilité et transparence au cœur des préoccupations

Autre dimension abordée : la redevabilité dans la gestion du secteur. Dans un environnement où plusieurs sources de financement contribuent au fonctionnement du système de santé, la capacité à suivre les ressources, les activités financées et les résultats obtenus devient un enjeu majeur.

L’amélioration de la traçabilité doit permettre de mieux établir le lien entre les ressources mobilisées, les investissements réalisés et les résultats effectivement obtenus sur le terrain.

Cette exigence de transparence concerne également les mécanismes de suivi de la performance et la capacité des différentes structures à rendre compte de la mise en œuvre des activités qui leur sont confiées.

Le facteur humain au cœur de la réforme

Derrière les mécanismes institutionnels, les discussions ont également replacé les ressources humaines au cœur de la gouvernance du système de santé.

La performance d’une administration sanitaire ne dépend pas uniquement des moyens financiers ou des outils dont elle dispose. Elle repose aussi sur la capacité de ses cadres et responsables à planifier, coordonner, manager et rendre compte.

Le renforcement du leadership, des capacités managériales et des compétences en gestion sanitaire pourrait ainsi constituer un autre levier d’intervention du futur MPA.

Vers une gouvernance orientée vers les résultats

Au fil des discussions, la gouvernance est apparue moins comme un secteur isolé que comme le socle transversal des différentes réformes envisagées.

Qu’il s’agisse de garantir la disponibilité des médicaments, d’améliorer le financement de la santé, de développer les outils numériques ou encore de renforcer la qualité des soins, la réussite de ces chantiers dépendra largement de la capacité du ministère à assurer leur pilotage et leur coordination.

Pour le Centrafrique, l’enjeu est donc de consolider progressivement un système de santé plus performant, davantage fondé sur les données, la redevabilité et les résultats.

Après avoir passé en revue les principaux piliers susceptibles de structurer le futur Projet multiprogrammatique, la mission entre désormais dans une phase décisive : la hiérarchisation des interventions et des activités. Il s’agira de déterminer les priorités à retenir, celles susceptibles de produire le plus fort impact et de répondre aux défis les plus urgents du système de santé centrafricain.

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